
Projets inspirants : l'Arbre, tiers-lieu agri-culturel, écologique et bienveillant

Après avoir découvert La Demeurée (lieu culturel associatif, plus d’info ici), je continue mes explorations normandes. Je m’arrête le long de la côté calvadosienne, à Commes, pour venir découvrir L’Arbre : un tiers-lieu agri-culturel, écologique et bienveillant.
C’est Aurélien Marie qui m’accueille. Il est le co-fondateur et l’un des deux salariés du lieu, avec la casquette de coordinateur et facilitateur.
J’avais découvert ce lieu grâce au super podcast d’Opaline Lysiak intitulé Agroécologie voyageuse (si ça vous intéresse vous pouvez cliquer ici), et, sachant que j’allais venir dans le nord, j’ai eu envie d’en savoir plus !

Once upon a time…
L’Arbre, au départ, c’est une ferme datant du XVIIIe siècle, quatre ami·es motivé·es et des valeurs communes : écologie, culture, partage, rencontre.
Né en 2019, l’Arbre est décrit par Aurélien comme « un lieu associatif, au service du territoire et des habitants, quelque chose qui soit utile à l’écosystème. »
Le cœur du projet : Proposer un espace, des outils et mettre en lien afin de concrétiser des possibles, un joyeux programme !
« J’aime l’idée que ce lieu soit un accélérateur et un facilitateur de développement d’épanouissement des gens… Vous avez un projet ou une envie ? Dites-le nous ! Peut-être que d’autres personnes portent cette envie. »

D’accord mais un tel projet, ça coûte cher non ?
Parties de zéro, les quatre personnes fondatrices ont seulement payé leurs cotisations à 20 € (deux sont maintenant salariées). Elles ont organisé des concerts, des ateliers, des visites, des chantiers participatifs, des arbres à parrainer… la ferme maraîchère voisine a également été d’un grand soutien. Ainsi, de petites réserves financières ont pu servir à rénover la maison qui elle-même génère des revenus grâce au gîte, ce qui a permis de financer le chantier salle de spectacle. Aucun achat de lieu n’a été fait, les bâtiments sont loués sous forme d’un bail emphytéotique (location pour 99 ans).
En parallèle, l’Arbre a pu bénéficier de subventions. Aurélien précise : « nous sommes éligibles donc ce serait dommage de ne pas s’en servir… mais nous ne voulons pas en dépendre. Nous sommes capables de vivre sans. »
Différents pôles

• le gîte
• la grande salle pouvant accueillir des spectacles comme des ateliers
• le festival annuel qui a lieu en septembre
• la coloc’ (3 chambres)
• l’accueil de groupes scolaires et de formations
• le magasin paysan (épicerie bio et locale)
• le parcours pédagogique à travers les fermes voisines
• et bientôt : une objethèque + un atelier de bricolage mutualisé
L’été, hors concert, la programmation est créée par les bénévoles qui partagent leurs « pépites » (une compétence et/ou une passion sous forme d’atelier). Depuis 2020, une trentaine de rendez-vous sont ainsi proposés.
Atelier dessin, Wutao, rando, atelier zéro déchet, café philo… « C’est incroyable ce qui peut se passer lorsqu’on laisse aux gens l’opportunité de partager. Par exemple je m’étais dit qu’un atelier dessin de 15 à 18h en semaine pendant les vacances ça ne marcherait jamais, et finalement 6 personnes sont venues et sont vraiment ravies. Je suis content que les gens se sentent légitimes et se lancent.
J’essaie d’y être attentif et de les encourager en tant que facilitateur. »

Gouvernance
D’abord classique, l’idée était de faire évoluer le système au bout d’un an maximum pour aller vers une gouvernance partagée. Attendre un peu a permis que le groupe s’agrandisse et reflète les volontés diverses – et non pas seulement celles de quatre personnes. Au bout de 6 mois, 80 personnes sont adhérentes et une nouvelle gouvernance est réfléchie lors d’une assemblée générale. Toutes les personnes intéressées sont invitées à prendre part au processus et pendant 6 autres mois, une quinzaine d’adhérents se réunissent toutes les deux semaines.
Après avoir épluché les modes de gouvernances, partagé leurs expériences respectives et laissé s’exprimer leur imagination, les membres du groupe donnent naissance à une nouvelle gouvernance.
Elle se présente sous la forme suivante : il y a un conseil collégial que chacun·e peut intégrer qui prend les grandes décisions (liées au salarié·es, aux partenariats, aux dépôts de dossiers…) et qui possède une vue globale sur les branches (sous groupes, on en compte une dizaine qui fluctuent : travaux, épicerie, pôle pédagogique, évènements…).
Ces branches sont autonomes avec le budget annuel qui leur est alloué par le conseil collégial. Il est possible d’en intégrer une, plusieurs ou même aucune, selon les disponibilités et envies de chacun·e.
« Cela permet à tout le monde de s’investir là où il veut : dans un domaine dans lequel la personne a des compétences autant que dans un domaine où elle ne connaît rien et aimerait apprendre.
C’est à l’image d’un arbre : une branche peut casser, tomber, repousser différemment, une nouvelle peut arriver… nous nous laissons porter et c’est okay. »
C’est incroyable ce qui peut se passer lorsqu’on laisse aux gens l’opportunité de partager

Forces
« Nous allons vite et avons fait beaucoup de choses en peu de temps. » Aurélien met en avant leur capacité à faire, à faire par eux-mêmes et à ne pas forcément attendre que tout soit finit et optimal pour ouvrir. « Au final je pense que c’est une bonne chose car cela évite d’avoir à apprendre à gérer tous les lieux d’un seul coup. »
Il souligne aussi la grande entraide de leur l’écosystème (les fermes, la force des tracteurs…) et toutes les compétences déjà présentes au sein du groupe qui permettent d’avancer.
« Le collectif, il faut le travailler, le valoriser, ça se nourrit. »
Défis
Parmi les défis, Aurélien cite notamment celui de continuer à trouver et accueillir de nouvelles personnes dans l’asso, de garder une grosse force collective même si des salarié·es existent (et prendre soin du décalage que cela peut créer), de pérenniser le projet d’un point de vue économique, de créer un 3ème poste, de former des gens, de faire vivre plus de monde sur le lieu…
« Mon défi à moi c’est le temps » me confie mon interlocuteur, « il y a plein de choses que j’aime faire mais pas de temps, surtout maintenant que j’ai un bébé, j’ai envie de prendre le temps pour autre chose. »
Conception de l'autonomie
« Pour notre lieu ce serait la capacité à faire ensemble sans avoir besoin d’un prestataire extérieur. D’être autonomes en matériaux pour nos travaux, de savoir trouver les bonnes personnes au bon moment. »
Un exemple : leur four à bois, construit à partir d’un de leur mur en pierres qui a été démonté, de la terre du champ d’à côté, de pierres réfractaires provenant d’une ancienne boulangerie, des ardoises récupérées par les adhérents… cela a seulement coûté un peu de chaux et du temps, « et cela a une saveur bien différente que si nous avions acheté le matériel ailleurs, c’est une petite fierté ! »
Le collectif, il faut le travailler, le valoriser, ça se nourrit.

Les premiers pas pour un projet de tiers-lieu
S’inspirer d’autres lieux peut être soutenant, partage Aurélien. Pas forcément besoin d’y aller dit-il, en donnant l’exemple de leur site internet qui regorge de ressources pour s’inspirer, rêver, piocher ce qui plaît ou pas.
Il souligne aussi l’importance de monter son projet avec une vision entrepreneuriale si un des objectifs est d’en faire son activité rémunératrice. « Certaines personnes veulent en faire leur activité sans qu’il y ait vraiment de quoi générer de revenus… Cela aide d’assumer qu’il y a besoin d’argent. Mais lucratif ne veut pas dire faire de l’argent à tout va sur tout avec des tarifs forts.Nous, nous pourrions être plus chers, c’est aussi un choix. »
Enfin, il insiste sur la clarté des envies et des attentes du groupe.
« Parfois cela n’est pas explicité. Moi c’était clair depuis le début que je voulais en vivre, si c’était notre cas à tous les quatre cela aurait été compliqué. »
Le point de vigilance d’Aurélien
« Il m’est important de faire attention à la place que je prends, notamment en tant que co-fondateur et salarié. Ma posture c’est aussi parfois de m’effacer ou de parler en « je » en tant que bénévole (si je dis que je souhaite un atelier couture pour notre festival, cela n’aura pas le même poids si je parle en tant que bénévole ou en tant que coordinateur). »
Ses inspirations
• Le Vaisseau Mère en Ardèche, dont la communication était très chouette.
• Le Brasse vie, un café associatif dont la gouvernance l’a particulièrement inspiré.
• Ses utopies qui l’ont nourri (que les gens soient heureux et nombreux, qu’il y ait une ambiance familiale) et sa confiance
« J’étais tout de suite dans le faire et j’étais hyper confiant dans le fait que nous allions y parvenir en avançant en fonction de nos valeurs.
Ce qui me porte c’est de faire confiance à l’aventure humaine que nous créons tout en s’enrichissant des volontés et des utopies de chacun·e. »


Pour aller plus loin
• Leur site : tierslieularbre.org
• Les ressources : https://www.tierslieularbre.org/universit%C3%A9